La reliure japonaise, appelée watoji, repose sur une couture visible qui assemble les pages par le bord. À la fois sobre et expressive, elle fait du fil un élément structurel et graphique du livre.
Origines et principe général
La reliure japonaise s’inscrit dans une histoire longue du livre en Asie de l’Est.
Une structure différente du livre
Contrairement au codex occidental :
- il n’y a pas de dos articulé,
- les feuillets ne sont pas cousus en cahiers,
- la couture reste entièrement visible sur le plat.
Cette structure implique :
- une ouverture partielle (le livre ne s’ouvre pas à plat),
- une lecture pensée page par page,
- une mise en page avec des marges généreuses côté couture.
Le livre se tient, se feuillette et se referme différemment : la manipulation fait partie intégrante de l’expérience de lecture.
Les grands types de reliure japonaise
Sous le terme générique de reliure japonaise, on distingue plusieurs motifs de couture traditionnels, fondés sur le même principe mais différenciés par le nombre de trous et le tracé du fil :
- Yotsume-toji : reliure à quatre trous, la plus simple et la plus courante. Sobre, équilibrée, elle constitue la base de la plupart des variantes.
- Kangxi-toji : variante renforcée avec des points supplémentaires aux angles. Elle offre une meilleure protection des coins et une finition plus élaborée.
- Asa-no-ha-toji : couture décorative formant un motif inspiré de la feuille de chanvre. Très graphique, elle est souvent réservée aux livres d’artiste ou aux éditions soignées.
- Kikkō-toji : Motif complexe évoquant une carapace de tortue, symbole de longévité. Il confère au livre un caractère précieux et ornemental.
Ces motifs ne sont pas de simples décorations : ils influencent la solidité, la tension du fil et la perception visuelle du livre.
Matériaux et gestes essentiels
Traditionnellement, la reliure japonaise est réalisée avec :
- des papiers fins et résistants (comme le washi),
- des fils solides (lin ciré) ou plus contemporain avec des rubans satinés,
- des outils simples : poinçon, aiguille, gabarit de perçage.
La qualité du résultat repose moins sur la complexité des outils que sur :
- la régularité du perçage,
- la justesse de la tension du fil,
- la précision du geste.
La couture se fait en un fil continu, avec un nœud final dissimulé à l’intérieur du livre.
Usages contemporains
Aujourd’hui, la reliure japonaise est principalement utilisée pour :
- des carnets,
- des livres d’artiste,
- des micro-éditions,
- des projets graphiques ou expérimentaux.
Elle est appréciée pour :
- la visibilité de la couture,
- son caractère immédiatement lisible comme fait main.
Ses contraintes, notamment l’ouverture partielle, en font une reliure choisie, assumée, où la forme dialogue avec le contenu.
Dans un contexte contemporain, la reliure japonaise est souvent réinterprétée :
- par le choix des papiers,
- par la couleur et l’épaisseur du fil,
- par des formats non traditionnels,
- ou par des usages graphiques du motif de couture.
FAQ
La reliure japonaise s’ouvre-t-elle à plat ?
Non. Son principe de couture par le bord limite l’ouverture, ce qui doit être anticipé dans la mise en page et la lecture du livre.
Est-elle solide ?
Oui, à condition d’utiliser un papier adapté et un fil résistant, et de maintenir une tension régulière.
Convient-elle à tous les projets ?
Elle est idéale pour des carnets, livres d’artiste et micro-éditions, tout en gardant en tête qu’elle n’a pas une ouverture complète.
